Conversations en table ronde

“Dès lors qu’on ne pense plus les choses comme on le faisait auparavant, la transformation devient à la fois très urgente, très difficile et tout à fait possible.”
(Foucault, 1988, p. 155)

Nous sommes en dialogue avec les éducatrices et éducateurs de Reggio Emilia. Notre raison d’être est d’organiser des occasions de nous rassembler afin d’interroger nos présupposés à l’égard des enfants, des éducatrices et éducateurs, des familles, des communautés et des lieux que nous habitons, ainsi que de reconnaître et de remettre en question nos discours, afin de tendre vers ce degré de joie, de créativité, de relation, de complexité et d’engagement qui caractérise « l’utopie du quotidien » du projet éducatif et culturel de Reggio Emilia.

Énoncé de mission de l’Ontario Reggio Association

Nos membres nous ont souvent dit à quel point ils appréciaient les occasions de participer à des dialogues porteurs de sens. Nous savons qu’il peut être rassurant de se retrouver avec des personnes qui partagent nos points de vue. Le risque est cependant que nos présupposés soient simplement confirmés plutôt que remis en question, réduisant ainsi les possibilités d’apprentissage et de transformation. Il est possible d’interroger nos propres points de vue et ceux des autres de façon éthique et respectueuse, avec l’intention d’aller au-delà de l’accord et de ce qui nous est familier et confortable. Cela devient particulièrement possible lorsque nous nous engageons collectivement dans le dialogue en nous réunissant avec l’intention d’examiner, de questionner et de mettre en tension certaines idées et pratiques.

Nous avons appris à apprécier un mot que nos collègues de Reggio Emilia nous ont fait découvrir : confronto. Il décrit un échange de points de vue au cours duquel chaque personne arrive avec l’intention de faire évoluer sa pensée et repart avec de nouvelles perspectives et idées pour continuer à réfléchir. Il se rapproche davantage du sens du mot « conversation » — se tourner ensemble — que de celui de « confrontation ». Carla Rinaldi (2021) décrit une forme d’écoute qui n’est pas facile, mais qui serait nécessaire.

Elle exige une conscience profonde ainsi qu’une suspension de nos jugements et de nos préjugés. Elle exige une ouverture au changement. Elle nous demande d’accorder de la valeur à l’inconnu et de dépasser les sentiments de vide et de précarité que nous éprouvons lorsque nos certitudes sont remises en question. (p. 39) [Traduction libre]
Remettre en question le coût élevé de la conformité.

Au cours des deux dernières décennies, la paperasse, les listes de vérification et les horaires exigeants ont pris une place de plus en plus importante dans le quotidien des structures de la petite enfance. Quel message ce contexte …transmet-il aux éducatrices et éducateurs, aux enfants et aux familles quant à la manière dont ils sont perçus ? Les personnes responsables de la supervision décrivent l’ampleur de la documentation liée à l’accueil et à l’intégration du personnel, ainsi que les défis associés au recrutement, à la rétention et au développement d’un personnel qualifié. Les éducatrices et éducateurs parlent d’épuisement, d’anxiété et de la pression liée au trop grand nombre de tâches à accomplir dans une journée, ce qui nous invite à repenser nos cultures de travail. Quelles tâches deviennent prioritaires et lesquelles sont constamment repoussées, alors que nous aspirons à des relations et à un engagement authentique ? Lorsque les éducatrices et éducateurs sont contraints de se conformer plutôt que de rechercher, créer et concevoir, devons-nous nous étonner de l’épuisement professionnel ? Comment pourrions-nous repenser nos journées et nos responsabilités afin de consacrer davantage de temps à ce qui compte réellement ? Quelles structures font obstacle et où — et comment — pouvons-nous nourrir la joie et l’étincelle qui animent notre travail ? Les personnes responsables de la supervision ainsi que les éducatrices et éducateurs en pleine carrière pourraient être particulièrement bien placés pour contribuer à cette table ronde, mais toutes et tous sont bien entendu les bienvenus !

Read More
Sortir de l’isolement et de la hiérarchie

Comment apprend-on ? propose une “pédagogie fondée sur les relations”. Pourtant, nos structures organisationnelles laissent-elles entendre que la relation prédominante dans les programmes de la petite enfance …demeure hiérarchique ? Et cette hiérarchie place-t-elle les personnes qui travaillent directement avec les enfants au bas de celle-ci ? Que faudrait-il pour créer des contextes où des groupes d’éducatrices, d’éducateurs et d’enfants pourraient accueillir différentes perspectives, tout en réfléchissant ensemble au quotidien avec curiosité et engagement ?

Read More
Aller au-delà du développementalisme

Notre pédagogie ontarienne pour la petite enfance nous invite à considérer les enfants comme capables de pensées complexes, et à les considérer, avec les éducatrices, les éducateurs et les familles, comme de précieux contributeurs. Dans quelle … mesure cette image est-elle réellement visible dans nos pratiques ? Comment devenons-nous des éducateurs et éducatrices qui donnent vie à cette image dans toutes les dimensions de notre travail ? Quelle place pourrait occuper le développementalisme s’il ne constituait pas « toute » l’image de l’enfant ? Quelles autres façons de voir et de comprendre les enfants risquent d’être éclipsées ou mises de côté par les outils développementaux traditionnels ? Ensemble, examinons les écarts entre nos convictions et nos pratiques, et réfléchissons à la manière dont nous pourrions rapprocher nos pratiques de nos convictions. Lors de sa visite de l’exposition The Wonder of Learning de Reggio Emilia à Toronto, Bruce Rodrigues, alors sous-ministre de l’Éducation, manifestement touché par la beauté et la complexité du travail présenté, avait demandé :

Read More

Soutenir des tensions productives peut sembler contre-intuitif. Il peut paraître étrange de participer à un dialogue qui ne vise ni des réponses rapides, comme cela peut être le cas lors d’une réunion d’équipe, ni un consensus permettant simplement de poursuivre la journée, parfois au prix de ce que nous pensons ou vivons réellement. Pourquoi se réunir avec des personnes en qui nous avons confiance et dont nous apprécions la compagnie pour explorer des points de vue différents, créer une certaine friction et prendre le risque de ne pas être d’accord ?

Pourtant, sans ce déséquilibre, le risque de stagnation est grand. Comme le suggère Carla, ces rencontres peuvent favoriser un sentiment de solidarité et de confiance. Précisons qu’il ne s’agit ni d’argumenter ni de débattre dans le but d’avoir raison. Nous nous réunissons plutôt avec l’intention de bousculer délibérément notre propre statu quo et de faire émerger ensemble de nouvelles façons de penser. Certaines personnes décrivent cette posture comme le fait « d’apprendre à être à l’aise avec l’inconfort » ou encore comme le fait de se réunir pour « confronter nos idées » afin d’en faire émerger de nouvelles.

Nous proposons trois occasions de nous réunir en ligne pour participer à des conversations qui aspirent au confronto. Cela demandera de la pratique ! Ces Conversations en table ronde porteront sur certains aspects de nos discours dominants et sur les pratiques tenues pour acquises qui façonnent l’expérience quotidienne dans les milieux de la petite enfance.

Nous espérons que nos conversations en table ronde nous permettront d’explorer certaines réponses possibles à cette question et d’ouvrir des possibilités de transformation.

Tous les membres peuvent s’inscrire à une, deux ou trois rencontres. Il pourrait être particulièrement fécond d’y participer avec un ou une collègue afin que le dialogue puisse se poursuivre au-delà de la rencontre, surtout avec quelqu’un qui aurait envie de s’engager avec vous dans le confronto !

Les frais d’inscription sont de 20 $ par rencontre. Le nombre de participantes et participants sera limité à 25 personnes. Si nous atteignons la capacité maximale, une liste d’attente sera créée et, si l’intérêt le justifie, nous proposerons une deuxième date pour explorer le même sujet.

Chaque rencontre, d’une durée de 90 minutes, se déroulera sur Zoom. Afin de favoriser une participation active, veuillez vous joindre à la rencontre avec une caméra et un microphone fonctionnels. Les rencontres ne seront pas enregistrées.

Cliquez ici pour vous inscrire.

Références

Foucault, M. (1988). Politics, philosophy, culture: Interviews and other writings 1977-1984. Routledge.

Rinaldi, C. (2021). In dialogue with Reggio Emilia: Listening, researching and learning (2nd ed.). Routledge.